Par-delà les rizières verdoyantes et les sols arides du Sud, une transformation profonde s’opère à Madagascar. À l’origine de ce changement : le projet PURPA, une initiative ambitieuse qui redonne espoir aux producteurs malgaches et remet la souveraineté alimentaire au cœur des priorités nationales.

Madagascar, malgré sa richesse agricole potentielle, reste dépendante des importations de riz, de blé et d’huiles alimentaires. Mais une initiative audacieuse, lancée en août 2022 et portée par le Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MINAE), entend changer la donne. Baptisé PURPA – Projet d’Urgence de Renforcement de la Production Alimentaire – ce projet, financé par la Banque Africaine de Développement (BAD), ne se contente pas d’aider ponctuellement : il transforme durablement l’écosystème agricole du pays.
Du champ à la transformation : une approche intégrée

Le projet s’articule autour de deux axes stratégiques. Le premier consiste à renforcer le système semencier, maillon crucial pour une production agricole fiable et durable. En collaboration avec les centres FOFIFA et FIFAMANOR, PURPA produit et distribue des semences de qualité. Le Service Officiel de Contrôle des Semences (SOC) bénéficie également d’un soutien renforcé dont notamment la formation et assermentation de nouveaux controleurs et inspecteurs semenciers. Mais PURPA ne s’arrête pas là. Pour donner aux producteurs les moyens de réussir, il fournit des kits d’intrants agricoles (semences et engrais) à un coût réduit, via un système de vouchers mis en place avec le Fonds de Développement Agricole et des boutiques partenaires.
La deuxième composante, tout aussi visionnaire, soutient l’innovation dans la transformation agroalimentaire en finançant des projets de transformation et prévoit également la mise en place de réserves publiques de céréales dans le Sud du pays. Une réponse concrète aux crises alimentaires récurrentes.
Le digital au service de la terre

Dans un pays où les technologies numériques s’imposent peu à peu, PURPA s’est emparé des NTICs pour accélérer sa mission. Chaque producteur reçoit une carte de producteur digitale dotées de QR code, et les agents terrain sont formés à l’outil KoboToolbox ainsi qu’à la plateforme de digitalisation du MINAE.
Le projet va encore plus loin : des groupes WhatsApp régionaux ont été créés pour permettre le partage en temps réel de données, de photos, et de retours de terrain. Une fluidité de communication qui rend les actions plus réactives, plus transparentes, plus efficaces.
Des résultats qui parlent d’eux-mêmes

En moins de trois ans, PURPA a su prouver son efficacité.
- 126 282 producteurs ont été appuyés et dotés de kits d’intrants dans 21 Régions de Madagascar.
- 11 entreprises et coopératives financées pour la mise en place d’unités de transformation de farines alternatives et huiles alimentaires ;
- 618 Champs École Paysans ont vu le jour.
- 686 établissements semenciers ont été formés et encadrés.
- 70 Nouveaux inspecteurs et contrôleurs semenciers ont été formés et assermentés
- 8 banques de semences ont été mises en place.
- Plus de 60 tonnes de semences de base (riz, arachide, soja) ont été produites.
- 02 RPCA équipées dans le Sud pour renforcer la sécurité alimentaire.
Et les rendements suivent. Le riz irrigué atteint 4 tonnes/hectare en moyenne, contre une prévision initiale de 3,6. Le Projet PURPA a grandement contribué à l’augmentation de la production alimentaire à Madagascar dont :
- 122 188 tonnes de riz irrigué
- 6 829 tonnes de riz pluvial
- 5 432 tonnes d’arachide
- 3 770 tonnes de soja
Une approche inclusive et humaine

PURPA, c’est aussi une vision humaine et inclusive de l’agriculture. Le projet met un point d’honneur à intégrer les femmes : plus de 57 845 d’entre elles ont déjà bénéficié de ses appuis, représentant plus de 40 % des bénéficiaires.
Madame Mitia Finoana RAKOTOARISAONA, Coordonnatrice nationale du projet, témoigne avec fierté : « Le renforcement de la production commence par les agriculteurs et la promotion de l’approche genre au niveau local contribue significativement au développement des communautés et surtout des organisations des producteurs. »
Et demain ?

Alors que la clôture du projet est fixée au mois de Décembre 2025, PURPA redouble d’effort afin d’atteindre les objectifs. En effet, à part le renforcement de la production agricole, PURPA appui également la transformation des produits. Plus de 11 projets majeurs ont déjà été financés pour rneforcer la production d’huile alimentaire et de farine alternative, ouvrant ainsi la voie à une agriculture plus moderne, plus autonome, plus résiliente.
Selon Mme Aminata SOW, responsable de l’agro-industrie à la BAD lors de la mission de supervision du PURPA au mois de Mai 2025: « Il est clair et tangible que Madagascar par l’intermédiaire du MINAE et de l’équipe PURPA, a déployé des efforts considérables pour aider directement les agriculteurs des 21 régions où le projet est mis en œuvre. Ce qui a été constaté lors de cette mission de supervision, c’est que les résultats obtenus sont vraiment satisfaisants, tant en termes de renforcement de la production que de transformation des produits, même si de nombreux défis subsistent. Nous félicitons tous les parties prenantes qui ont œuvré ensemble pour renforcer la production et souhaitons à tous les agriculteurs de bonnes récoltes. »
À Madagascar, une révolution est en marche. PURPA n’est pas qu’un projet. C’est une promesse. Celle d’un avenir agricole souverain, durable et équitable.

SUCCESS STORY : Manandona : Du riz, de la rigueur et des résultats pour ce producteur engagé
À 43 ans, dans la commune rurale de Manandona (District Antsirabe II, Région Vakinankaratra), Monsieur Ngaza un agriculteur passionné voit aujourd’hui les fruits de ses efforts récompensés. Bénéficiaire du Projet PURPA, cet homme marié et père de famille s’est lancé dans la culture du riz irrigué après avoir quitté l’école en classe de secondaire.
Au départ, il cultivait 4 ares selon des méthodes ancestrales, avec peu de résultats. Son rendement plafonnait à 3 tonnes par hectare, malgré ses tentatives d’amélioration : extension de la surface, pratique de la contre-saison et alignement des cultures. Il utilisait des semences issues de ses propres récoltes, et n’avait pas accès aux engrais chimiques mais seulement du fumier de zébu.
En 2018, il avait bénéficié d’une première formation grâce au programme PAPRIZ, mais c’est en 2024, grâce au Projet PURPA, qu’un réel tournant s’est opéré. Grâce à des informations partagées par des paysans voisins et les techniciens de la DRAE, il s’est inscrit dans une organisation paysanne, l’Association SOANAVELANDRAZANA, regroupant 70 membres. À travers cette structure, il a pu bénéficier d’un kit d’intrants agricoles composé de :
- 12 kg de semences de riz,
- 20 kg d’engrais minéral (NPK),
- 100 kg d’engrais organique.
Il a aussi reçu une formation technique et un suivi régulier de la part des agents de vulgarisation de la DRAE. Le résultat est plutôt satisfaisant : son rendement est passé à 5 tonnes par hectare. S’il vendait toute sa récolte, il pourrait générer 3 200 000 Ariary, soit plus du double de ses revenus précédents (1 560 000 Ar).
« Grâce au PURPA, je suis conscient du mon réel potentiel de production. Pour moi, le succès de ce projet réside surtout dans le changement de comportement des bénéficiaires car actuellement on veut progresser en utilisant les techniques modernes et des semences améliorées », confie-t-il.

Mieux encore, ses revenus lui permettent désormais d’épargner et de se lancer dans des cultures de contre-saison, une diversification salutaire. Il prévoit également d’investir dans l’entretien du barrage d’irrigation de l’AUE locale, afin de sécuriser l’eau pour les futures campagnes.
Reconnaissant envers le Projet PURPA financé par la BAD à Madagascar, il formule tout de même quelques suggestions :
« Il faudrait continuer la distribution des intrants et y ajouter des petits matériels agricoles, comme des pulvérisateurs ou des sarcleuses. Et renforcer la formation pratique pour encore améliorer nos techniques. »
Un témoignage simple, mais puissant, qui rappelle que la modernisation agricole passe autant par la transmission des savoirs que par l’accès aux moyens de production. Et que parfois, même sur 4 ares, on peut récolter de grandes victoires.