Stimuler la productivité agricole est essentiel à la transformation économique de Madagascar, selon deux nouveaux rapports de la Banque mondiale.

Antananarivo, 26 février 2026 — Madagascar dispose d’un potentiel important encore largement inexploité pour accroître les revenus ruraux, réduire la pauvreté et renforcer la sécurité alimentaire, selon deux nouveaux rapports de la Banque mondiale : le Diagnostic des revenus ruraux et l’Examen des dépenses publiques agricoles. Ces analyses montrent que l’amélioration durable de la productivité agricole, soutenue par un environnement institutionnel et économique favorable au développement du secteur, constitue un levier central de la transformation économique et du développement à long terme de Madagascar.

L’agriculture demeure le pilier de l’économie malgache. Elle représente près de 30 % du PIB, 40 % des recettes d’exportation et emploie environ 70 % de la population active, tandis que les revenus agricoles constituent plus de la moitié du revenu des ménages ruraux. Pourtant, la pauvreté rurale reste structurellement élevée : près de quatre habitants ruraux sur cinq vivent sous le seuil de pauvreté. Sur la période 2013–2022, la production agricole — principale source de revenus des populations pauvres — est restée stagnante, alors même que l’économie dans son ensemble enregistrait une croissance modeste.

Le Diagnostic des revenus ruraux identifie six défis structurels majeurs qui freinent la croissance des revenus agricoles à Madagascar. Il met notamment en évidence des importantes désincitations de prix pour les producteurs, de l’ordre de 21 à 65 % selon les principales filières, résultant de défaillances de marché et de certaines politiques et pratiques commerciales et administratives, notamment les taxes et les tarifs. À ces contraintes s’ajoutent l’insuffisance et le mauvais état des routes rurales, particulièrement en saison des pluies, qui augmentent les coûts de transport et isolent de nombreuses communautés rurales. L’accès limité au financement et aux services numériques freine également les investissements et réduit la productivité. La forte exposition aux chocs climatiques, l’insécurité foncière, qui décourage les investissements à long terme et favorise des pratiques peu durables, ainsi que des allocations d’investissement public perfectibles et une faible exécution budgétaire complètent ce diagnostic. Pris ensemble, ces facteurs maintiennent de nombreux ménages dans des activités agricoles à faible productivité et à faible valeur ajoutée, limitant la croissance agricole, la création et l’amélioration des emplois, et ralentissant la réduction de la pauvreté.

Dans le même temps, le diagnostic souligne l’ampleur du potentiel non réalisé de l’agriculture à Madagascar. Toutes zones agroécologiques confondues, les exploitations n’atteignent en moyenne que 17 à 24 % de leur potentiel agricole, ce qui indique que des gains substantiels de productivité sont possibles, à condition de lever les contraintes les plus déterminantes, à travers une action coordonnée sur les politiques, les institutions et les investissements.

« Lorsque la productivité agricole stagne, il devient beaucoup plus difficile d’enclencher le cercle vertueux de la transformation structurelle : hausse des revenus, renforcement de la demande intérieure et création d’opportunités économiques plus rémunératrices, sur et en dehors des exploitations agricoles », ont déclaré Francis Muamba Mulangu, auteur du rapport sur le Diagnostic des revenus ruraux et Olive Umuhire Nsababera, économiste principale à la Banque mondiale. « Stimuler la productivité agricole est donc essentiel, non seulement pour le secteur, mais pour l’ensemble de la trajectoire de développement de Madagascar. »

L’Examen des dépenses publiques agricoles vient compléter ces constats en analysant la manière dont les ressources publiques sont allouées et exécutées. Si Madagascar consacre une part significative de son budget à l’agriculture dans les documents de programmation, l’impact de ces dépenses est limité par des taux d’exécution faibles, une forte centralisation, une dépendance marquée aux financements extérieurs. Ces contraintes sont accentuées par la disponibilité limitée des agents de l’Etat pour assurer la mise en œuvre et le suivi des projets, ainsi que par un alignement encore insuffisant des investissements publics avec les priorités favorisant l’augmentation de la productivité. Moins de la moitié des dépenses agricoles prévues sont généralement exécutées, et les financements alloués à des domaines clés, tels que la recherche et la vulgarisation agricoles, l’entretien des infrastructures d’irrigation, la connectivité rurale ou l’élevage, demeurent insuffisants au regard de leur rôle essentiel dans la croissance et la résilience du secteur.

« Dans un contexte de marges budgétaires limitées, l’enjeu n’est pas seulement de dépenser plus, mais de dépenser mieux », a déclaré Stephen D’Alessandro, économiste principal en agriculture à la Banque mondiale et chef d’équipe de l’Examen des dépenses publiques agricoles. « Une meilleure exécution et une priorisation plus stratégique peuvent permettre aux investissements publics de se traduire par des gains de productivité, des chaînes de valeur plus dynamiques et des moyens de subsistance ruraux plus résilients. »

« Le ministère salue ces analyses comme des contributions importantes aux efforts en cours pour moderniser le secteur agricole et améliorer les conditions de vie en milieu rural en apportant des éléments factuels précieux pour mieux comprendre les contraintes et identifier les leviers d’action à fort impact », a déclaré Lambo Tiana Fabien Andriambololona, Secrétaire Général du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage. « Renforcer la productivité, améliorer l’accès aux marchés et accroître la résilience des agriculteurs sont essentiels pour une croissance plus inclusive et durable. »

Pour améliorer durablement les revenus agricoles et renforcer la résilience des ménages ruraux, les deux rapports soulignent le rôle central des organisations paysannes et du secteur privé dans l’amélioration de l’accès aux marchés, aux intrants et à l’assistance technique. Ils mettent également en avant l’importance de revitaliser les villes secondaires pour stimuler les chaînes de valeur agricoles et créer des opportunités d’emplois non agricoles. Les recommandations des deux rapports appellent par ailleurs à des investissements ciblés, notamment dans l’irrigation, les routes rurales, la recherche et la vulgarisation agricoles, l’élevage et la connectivité et l’accès aux marchés, ainsi qu’au renforcement du cadre de décision budgétaire, de la qualité des données et des systèmes de suiviévaluation. Ensemble, ces orientations visent à accroître la productivité et la compétitivité agricoles, à renforcer la résilience face aux chocs climatiques et économiques, et à transformer le potentiel agricole de Madagascar en gains de revenus plus larges, durables et inclusifs.

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